Arriver au bout

Quand j'écris, il y a un commencement et il y a une fin!

Lapalissade? Pas tant que ça!

Je sais à peu près quand je commence : il y a d'abord une idée qui se niche dans un coin de ma tête, puis ça se précise, le besoin de mettre en mot se fait pressant, ça devient une envie qui creuse le ventre alors je me lance. J'écris, j'écris, j'écris,  j'écris, j'écris, j'écris, j'écris, j'écris, j'écris... puis vient le temps des corrections et de la réécriture, très important, ça, la réécriture. alors je réécris, je réécris, je réécris, je réécris...

Arrive un moment où je voudrais en finir, mais le texte, lui, ne veut pas. Non, le texte ne veut pas me lâcher. Sans doute ne se sent-il pas fini, sans doute a-t-il peur de rester inachevé et de finir en archive, dans un coin perdu de l'ordinateur. Alors il s'obstine à encombrer ma tête, du matin au soir, et la nuit par dessus le marché! Je ressasse, je rouspète, je grogne mais j'y reviens, encore et encore, je me creuse les méninges, je taille, je traque, je remodèle. Parfois j'interroge les personnages, je leur demande où ils veulent en venir. Parfois ils me répondent.

Et puis vient ce moment magique, ce petit moment de grâce où je sens que c'est bon, c'est fini. C'est une émotion fragile mais reconnaissable, elle me chatouille au bout des doigts, au creux du ventre, au bord du coeur. Enfin, je peux le lâcher, le texte tient debout tout seul! Il exprime du début à la fin ce que je voulais dire depuis le commencement, depuis le jour où une idée s'est nichée dans un coin de ma tête. Le voilà autonome, prêt à s'envoler.

©Fabeli 2014